Les Adrets de l'Estérel

Mines et minéraux

La Mine de Fonsante évoquée au travers des souvenirs de Claude Rekika.

Connaissez-vous Mende ?

C’est le chef-lieu du département de la Lozère, la capitale du « Gévaudan » avec son étrange « Bête du Gévaudan » qui, entre 1765 et 1768 a semé la terreur dans le pays en tuant une cinquantaine de personnes. D’après les dires des anciens, cette bête devait être un bien méchant loup.C’est surtout une ville paisible au bord du Lot ; c’est également ma ville natale.

Moi ? Je m’appelle Claude Rekika et je suis né à Mende le 9 janvier 1950. Mon père faisait un métier dur, pénible et même dangereux : il était mineur.

Les exploitations minières étaient nombreuses dans la région (Vialas, Villefort, Malbosc, Allenc, etc) et dans les départements limitrophes (Gard, Haute-Loire, Cantal, Ardèche, Hérault, Aveyron). Après avoir travaillé dans les mines de Lozère, mon père nous a emmenés dans le Var, aux Arcs près de Draguignan, où les mines regorgeaient de barytine et de fluorine(mine de Porres, filon des Blacquières et bien d’autres..). En 1957, mon père part travailler plus au Sud, à Cogolin (Vaucron, Vallaury, gisement de Cogolin avec ses filons Courchet, Magnans, Rossignols et Saint Marc).

J’ai vécu durant toute mon enfance dans un milieu d’ouvriers mineurs et les discussions, souvent axées sur les problèmes rencontrés par mon père et ses amis, revenaient sans cesse sur l’exploitation de la mine. Baignant dans cet environnement, j’ai désiré être mineur comme mon père et, très tôt, je me suis intéressé aux cailloux, aux minerais et aux minéraux.

Tel père, tel fils

Dès 1964, j’ai commencé à travailler aux côtés de mon père dans la mine de Maurevieille, sur la commune de Mandelieu.

Ce filon, découvert en 1956 et exploité dès 1958, totalisait environ 1 500 mètres de galeries réparties sur 4 niveaux. L’accès aux différents niveaux était assuré par un ascenseur (une  » cage  » en langage de mineur) pouvant recevoir soit 6 personnes, soit un wagonnet de 600 L de minerai. C’était impressionnant de se lever à l’aurore, d’admirer le soleil, le jour, le ciel, la nature qui se réveille, puis de se retrouver dans cette cage qui descendait à toute allure à -80 mètres, dans les entrailles de la terre. La vie et la clarté étaient en quelques instants remplacées par l’oppression, la peur et l’obscurité presque totale. Dans cette étrange et angoissante ambiance il fallait sans relâche creuser, casser, charger, pousser les wagonnets.

Heureusement, les jours passant, les habitudes s’installent, effaçant petit à petit toutes les craintes. Mais le retour à la surface, au jour, source de vie et de lumière, restait toujours apprécié à sa juste valeur.

Cette exploitation employait plus de 60 personnes, et l’extraction du minerai (spath-fluor) était de l’ordre de 100 tonnes par jour. C’est dans cette mine de Maurevieille que pendant 8 années, guidé et conseillé par mon père, j’ai appris mon dur mais beau métier de mineur. J’ai profité de cette période d’apprentissage pour récolter mes premiers échantillons de minéraux et commencer ma collection.

Des minéraux, une collection, une passion

Quand on commence ses recherches, et je crois que c’est le défaut de tous les collectionneurs débutants, on récolte et on conserve toutes les  » pierres  » sans se soucier de leur réelle valeur, de leur minéralisation et bien sûr on est vite envahi par un volume impressionnant de cailloux difficiles à stocker et pas toujours intéressants à conserver.

Avec le temps, cette mauvaise habitude s’atténue puis disparaît complètement pour laisser la place à une procédure rationnelle qui consiste à ne récolter que les pièces réellement valables, à les ranger méthodiquement en éliminant au fur et à mesure les pièces anciennes moins représentatives, moins jolies.

Le classement des minéraux est essentiel et, à chaque trouvaille, on devrait répertorier soigneusement la pièce en notant sa composition, sa couleur, ses dimensions ainsi que la date et le lieu de la découverte. Evidemment au début, ce travail me paraissait fastidieux, rébarbatif : mon intérêt n’était suscité que par la beauté de ces joyaux de la nature.

Vous ne pouvez pas imaginer la joie que procure une découverte ! C’est tout d’abord les yeux, émerveillés par des cristaux taillés et colorés par la nature de manière si parfaite que bien des personnes non initiées pensent que la main de l’homme les a façonnés. Ensuite, c’est la tête : comment faire pour dégager cette pièce sans l’endommager ? ou taper pour ne pas trop ébranler la minéralisation ? Et après mûre réflexion, le pic, le marteau, les bras entrent en action.

Le dégagement d’une pièce peut prendre plusieurs heures, et le résultat final n’en est que davantage apprécié : ouf, je tiens enfin ma trouvaille dans mes mains, et, à l’aide de ma lampe de casque, je regarde de nouveau ma découverte. Récompensé de tous mes efforts, j’emballe délicatement ma trouvaille dans plusieurs épaisseurs de papier-journal afin de la protéger des chocs éventuels qu’elle pourrait subir sur le chemin du retour, car la remontée à la surface n’est pas toujours aisée (passages étroits, échelles abruptes, etc). Arrivé à mon domicile, je retire avec impatience ma trouvaille de mon sac à dos pour la contempler enfin à la lumière naturelle.

Le plus gros de la tâche est terminé, mais un doute subsiste encore : les cristaux apparus si jolis dans le filon s’avèrent parfois altérés par la boue, la gangue ou les oxydes à la lumière du jour. Dans ce cas le trop grand enthousiasme du départ laisse la place à une profonde et amère déception. Si la pièce apparaît plus que correcte, le résultat final ne pourra être certain qu’après la phase ultime du nettoyage sérieux du spécimen. Là, si tout va bien, la pièce pourra être exposée dans une vitrine.

Lorsque je regarde mes « cailloux », une foule de souvenirs se précipite dans ma tête, des paysages, des peurs, des joies, des déceptions et ce pour chacune de ces pièces, car chaque découverte est une petite aventure et chaque caillou a son histoire. C’est la récompense du chasseur amoureux de ses trouvailles.

Naturellement, dans ma profession, j’étais privilégié et je possédais la chance indéniable de pouvoir satisfaire la plupart de mes désirs de collectionneur moi-même. Tous les amateurs et professionnels de minéralogie nous envient, et je les comprends parfaitement.

J’ai travaillé dans les mines de Maurevieille de 1964 à 1973, date à laquelle mon père est décédé à la suite d’un accident du travail. Pour surmonter cette dure et pénible épreuve, j’ai décidé de quitter ces lieux à jamais.

Fontsante

Je me suis tourné vers une autre exploitation, dans le département du Var, beaucoup plus importante : les mines de Fontsante.

Situé au pied du massif du Tanneron, à 1 km du péage des Adrets, ce gisement a été découvert à la suite d’un incendie. Sous l’action de la chaleur, la fluorine brûle en crépitant et laisse sur le sol une poudre blanche ! Grâce à cette propriété, les filons de surface ont été découverts puis exploités.

  • La production était en grande partie exportée vers les Etats-Unis. Plus de 60 personnes travaillaient sur ce site qui était un des plus importants d’Europe. On y a compté plus de 24 filons, dont certains dépassaient les 500 m, à des profondeurs atteignant 250 m (filon St Barthélémy).
  • Le transport du minerai était effectué au moyen de berlines de 1 800 L tirées par des locotracteurs diesel de 15 ou 30 chevaux.
  • L’éclairage individuel était assuré par une lampe frontale alimentée par une batterie fixée au ceinturon. L’autonomie de l’éclairage était de plus de 8 h et, toutes les nuits, les lampes étaient placées dans un local de charge pour qu’elles puissent, comme nous, se remettre en état pour le lendemain.

On peut trouver dans cette mine, une très grande quantité de fluorine massive de grande qualité. Ce minerai servait comme fondant lors du traitement de l’acier et de l’aluminium. Pendant plus de 10 ans j’ai donc été mineur dans cet immense champ filonien. Les conditions de travail étaient bien évidemment pénibles mais les moyens d’exploitation étaient modernes, facilitant ainsi certaines tâches ingrates et dangereuses. L’extraction du minerai se faisait à l’aide d’une poulie Koepe, tractée par un moteur de 200 chevaux placé au sommet d’une tour de 24 m de hauteur. Le minerai (tout-venant) était ensuite déversé dans une trémie, puis dans un concasseur à mâchoires et enfin dans un concasseur à boulets.

A ce stade, le broyage était terminé et les blocs de minerai de 400 mm au départ avaient été réduits à une fine poudre dont la granulométrie était de 160 microns !Les minéraux rencontrés dans les mines de Fonsante sont essentiellement le quartz, la barytine et le fluorine bien sûr, que les mineurs appelaient dans les temps anciens « fleur des mines » à cause de la diversité de couleurs que pouvait prendre ce minéral. Effectivement la fluorine, rarement incolore, est souvent teintée en vert, jaune miel, bleu, rose, violet, noir ; elle peut être transparente ou translucide, et cristallise dans le système cubique. C’est grâce à toutes ces propriétés que l’on trouve des spécimens dont la beauté en font un de mes « cailloux » préférés.

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